Parcours 6, séance 1 : La comédie, un genre polymorphe

Voici des illustrations des genres de la comédie au XVIIe siècle.


  • La Poétique d'Aristote (IVe siècle avant J.-C.) :

Poétique d'Aristote Remacle


  • La farce : La Farce de Maître Pathelin pièce anonyme (XVe siècle) :

Maître Pathelin, avocat rusé, anciennement populaire mais désormais sans cause, décide de refaire sa garde-robe sans que cela lui coûte un sou. Il dupe et vole le drapier Guillaume Joceaume ; Pathelin emporte une pièce de tissu et invite le marchand à venir se faire payer chez lui. Devant Guillaume, Pathelin et sa femme Guillemette jouent la comédie du mourant et de la femme en pleurs, et Guillaume repart en courant. Il croit que c'est le diable en personne qui est venu lui jouer un tour.

Le berger Thibault l'Agnelet vient trouver Pathelin pour lui demander de le défendre dans un procès contre son maître, Guillaume Joceaume, dont il a égorgé des brebis. Pathelin propose une ruse à Thibault : qu'il se fasse passer pour un simple d'esprit devant le Tribunal, et réponde à toutes les questions en bêlant comme un mouton. Mais Guillaume, le drapier, reconnaît Pathelin, et tente également de dénoncer son vol de draps devant le juge. Cependant, en accusant tour à tour Pathelin et Thibault, Guillaume s'emmêle dans ses paroles, et passe pour un imbécile (c'est alors que le juge, qui ne veut entendre parler que de l'histoire des moutons de Thibault et non du vol de draps, emploie une expression célèbre « Revenons à nos moutons »). À l’issue du procès, plaidé par Maître Pathelin et gagné par le berger, Pathelin ne parviendra pas à se faire payer, car l'Agnelet, plus rusé que lui, répondra en bêlant à toutes les demandes de son défenseur.



  • La Commedia dell'arte : Arlequin serviteur de deux maîtres de Carlo Goldoni (1746) à la Comédie-Italienne :

Aimant l’argent et la mangeaille, Arlequin s’est fixé le défi de doubler son salaire de valet. Ne manquant pas de ruse, il décide de servir à temps plein, deux maîtres à la fois : une riche femme de Venise et le laquais d’un riche bourgeois fortuné qui s’avèrent justement être les deux moitiés d’un même couple amoureux. Ses fonctions deviennent rapidement intenables, et les gaffes se multiplient. Il doit donner à manger à ses deux employeurs en même temps dans deux endroits différents ; il mélange plats et couverts, et inverse les lettres du courrier qu’on lui demande de porter. Les maîtres finissent par découvrir qu’ils ont pris à leur service une seule et même personne, mais Arlequin a plus d’un tour dans son sac…



  • La dette de Molière : Les Fourberies de Scapin acte III, scène 2, mise en scène de Jean-Louis Benoît à la Comédie-Française (1997)

En l’absence de leurs pères partis en voyage, Octave, fils d’Argante, s'est épris de Hyacinte, jeune fille pauvre et de naissance inconnue qu’il vient d’épouser, tandis que Léandre, fils de Géronte, est tombé amoureux d'une « jeune Égyptienne », Zerbinette, de passage dans sa troupe.

Argante, père d'Octave, revient en ville pour le marier. Il ne sait pas que son fils s'est marié pendant son absence. Octave, très inquiet de la réaction paternelle à l’annonce de son union et, de plus, fort à court d’argent, implore l'aide de Scapin, valet de Léandre. Mais cet « habile ouvrier de ressorts et d’intrigues » ne parvient pourtant pas à faire fléchir le vieillard.

Argante répète à Géronte une nouvelle qu’il tient d’une indiscrétion de Scapin : Léandre a commis une grave erreur. Aussi le jeune homme, fort mal accueilli par son père, tance-t-il vertement le valet pour sa trahison. Mais il quitte bientôt son ressentiment pour le supplier de lui venir en aide : il lui faut payer une rançon pour Zerbinette s’il ne veut pas la voir enlevée par les Égyptiens.

Par de hardis stratagèmes, l’inventif Scapin ne tarde pas à extorquer la somme aux deux vieillards. Mais Scapin entend encore se venger de Géronte qui l’a desservi auprès de Léandre. Aussi lui fait-il croire qu’un prétendu frère de Hyacinte est à sa poursuite, résolu à lui ôter la vie pour le punir de vouloir faire rompre le mariage. Afin de le soustraire à ce danger, Scapin cache sa victime dans un sac, et lui donne de violents coups, tout en feignant de le protéger des spadassins qui sont à sa recherche.

La fourberie de Scapin est éventée, et Géronte lui ferait payer cher sa fourberie, si par une diversion opportune une double reconnaissance ne révélait en Hyacinte la fille de Géronte, et en Zerbinette celle enlevée à Argante. Scapin, qui feint d'être à l'agonie par suite d’un accident, demande et obtient le pardon des vieillards.


  • La Comédie-ballet : Le Bourgeois gentilhomme de Molière (1670)

Bourgeois d'origine modeste, fier d'être devenu riche, M. Jourdain entend acquérir les manières des gens de qualité. Il commande un nouvel habit plus conforme à sa nouvelle condition et se lance dans l'apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa condition de gentilhomme.

Il courtise Dorimène, une marquise veuve, amenée sous son toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien profiter de l'argent et de la naïveté de M. Jourdain et de celle de Dorimène.

La femme de M. Jourdain et Nicole, sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi envieux, et tentent de le ramener à la réalité du prochain mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Ce dernier n'étant pas gentilhomme, M. Jourdain refuse cette union.

Cléonte entre alors dans le jeu des rêves de noblesse de M. Jourdain et, avec l'aide de son valet Covielle, il se fait passer pour le fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de M. Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été promu « Mamamouchi » lors d'une cérémonie turque burlesque organisée par Covielle déguisé et par ses complices.



  • La comédie de moeurs : Les Précieuses ridicules de Molière (1659) :

L'histoire débute avec La Grange et Du Croisy, deux jeunes hommes de bonne famille, qui viennent de se faire éconduire par Magdelon et Cathos, la fille et la nièce de Gorgibus. Ces dernières, fraîchement arrivées de province, se piquent de préciosité et rejettent les avances des deux prétendants, les jugeant trop directs et peu raffinés.

Vexés par ce rejet, La Grange et Du Croisy décident de se venger en envoyant leurs valets, Mascarille et Jodelet, se faire passer pour des hommes de la haute société auprès des deux jeunes femmes. Mascarille se présente comme le « marquis de Mascarille » et Jodelet comme le « vicomte de Jodelet ». Les deux valets, parés des habits de leurs maîtres, se rendent chez Gorgibus pour courtiser Magdelon et Cathos.

Les deux jeunes femmes, complètement dupes de la supercherie, sont impressionnées par les manières affectées et le langage précieux des faux nobles. Mascarille et Jodelet se lancent dans des conversations absurdes, pleines de références littéraires et de jargon à la mode, que Magdelon et Cathos admirent sans comprendre. Ils parlent de poésie, de musique, et vantent leurs exploits militaires imaginaires.

L'imposture atteint son paroxysme lorsque Mascarille propose d'organiser un bal improvisé. Des violonistes sont appelés et la danse commence. C'est à ce moment que La Grange et Du Croisy reviennent, accompagnés de leurs amis. Ils démasquent leurs valets en les battant et en leur reprenant leurs beaux habits, révélant ainsi la supercherie aux yeux de tous.

Magdelon et Cathos, humiliées et confuses, réalisent enfin leur erreur. Gorgibus, furieux d'avoir été ridiculisé, réprimande sévèrement sa fille et sa nièce pour leur comportement. La pièce se termine sur une condamnation des « billevesées » (sottises) qui ont conduit les jeunes femmes à se laisser berner : les romans, les vers, les chansons et les sonnets, que Gorgibus juge responsables de leur égarement.



  • La comédie de caractère : L'Avare de Molière (1668), mise en scène de Catherine Hiegel à la Comédie-Française (2009)

L'histoire se déroule à Paris et tourne autour d'Harpagon, un vieil homme riche et extrêmement avare. Usurier de son état, il vit avec ses deux enfants, Cléante et Élise, qu'il traite avec une grande sévérité. Le conflit principal de la pièce émerge lorsqu'Harpagon décide de se marier avec une jeune femme nommée Mariane, ignorant que son fils Cléante en est amoureux.

Parallèlement, Élise est amoureuse de Valère, un jeune homme qui s'est fait engager comme intendant dans la maison d'Harpagon pour se rapprocher d'elle. Harpagon, quant à lui, prévoit de marier Élise à un vieux et riche homme, Anselme, et Cléante à une riche veuve. Ces projets de mariage forcé créent une tension dramatique tout au long de la pièce.

L'obsession d'Harpagon pour l'argent atteint son paroxysme lorsqu'il enterre une cassette contenant dix mille écus dans son jardin. Lorsque la cassette est volée, il devient fou de rage et soupçonne tout le monde, y compris ses propres enfants. Cette situation mène à une série de quiproquos et de confrontations comiques.

La pièce atteint son apogée lorsque Cléante découvre la cassette et l'utilise pour négocier avec son père. Il propose de rendre l'argent en échange du droit d'épouser Mariane. Dans le même temps, l'identité véritable de Valère est révélée : il est en fait le fils perdu d'Anselme, et Mariane est sa sœur.

Le dénouement survient lorsqu'Anselme, reconnaissant ses enfants perdus, accepte de payer pour les mariages de Valère avec Élise et de Cléante avec Mariane. Harpagon, soulagé de retrouver sa précieuse cassette, consent à ces unions à condition qu'on lui paie un nouvel habit. La pièce se termine ainsi sur une note de réconciliation, bien qu'Harpagon reste fidèle à son caractère avare jusqu'au bout.



A l’origine : L’Aulularia (la comédie de la marmite) de Plaute (254-184 av. J.-C.) :


  • Le vaudeville (théâtre de boulevard) :