• Le roman de l'Antiquité :

Le Satyricon de Pétrone (Ier s. après J.-C.)

Le récit conte les aventures, dans une Rome décadente (très certainement avant la fin du Ier siècle), de deux jeunes gens, Encolpe et Ascylte, ainsi que du jeune amant du premier, l'adolescent Giton. Ils vivent mille aventures en Italie méridionale et en Grèce et se retrouvent notamment invités au banquet de l'affranchi Trimalcion (passage important du roman).

L'Âne d'or d'Apulée (IIe s. apr. J.-C.)

Le héros, un aristocrate prénommé Lucius (comme l'auteur du livre, Lucius Apuleius), connaît différentes aventures, après que sa maîtresse, Photis, l'a transformé en âne par accident. Il apprend que, pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Ses diverses aventures malheureuses et burlesques au cours de cette quête des roses sont l'occasion pour Lucius d'apprendre et de raconter au lecteur de nombreuses histoires (le mythe de Psyché et de Cupidon, « la marâtre empoisonneuse », « la bru sanglante », etc.), mêlant l'érotisme aux crimes sanglants et à la magie. Bien que la signification du récit puisse faire l'objet d'interprétations diverses, il semble que le voyage de Lucius soit aussi un voyage spirituel, une initiation à la magie en même temps qu'une mise à distance de la sorcellerie par le comique.


Daphnis et Chloé de Longus (II ou IIIe s. après J.-C.) par Gaston Renault (1881).

Daphnis est un jeune chevrier, enfant trouvé (dans un bosquet de laurier, d'où son nom qui provient du grec ancien δάφνη (daphnè), "laurier"). Chloé, quant à elle, est une bergère, également enfant trouvée. Ils s’éprennent l’un de l’autre mais de multiples rebondissements les empêchent d’assouvir leur amour. C'est avant tout leur éducation sentimentale qui est décrite tout au long de ces péripéties.


  • Un site pour découvrir l'histoire de la littérature :

Histoire de la littérature

  • L'origine de l'alexandrin :


  • Érec et Énide de Chrétien de Troyes (XIIe siècle) :

Manuscrit copié à Arras, vers 1275 BnF, Manuscrits, Français 24403 fol. 119

Aux alentours de Caradigan (Cardigan), alors que la chasse au Blanc Cerf est lancée, Érec escorte Guenièvre et rencontre un chevalier et son nain qui le traitent durement alors qu’il est désarmé. Érec le suit alors pour lui demander justice, arrive dans une ville où il rencontre Énide, en tombe amoureux, et l'épouse après avoir vaincu son rival.
Érec reste ensuite un an auprès de sa femme, temps durant lequel il cesse de guerroyer, ce qui provoque des murmures sur son compte de la part des autres chevaliers, et finit par pousser Énide à lui reprocher de demeurer auprès d’elle. Ces plaintes décident Érec à partir à l'aventure seul avec son épouse, mais en interdisant à celle-ci de lui parler. Énide viole à plusieurs reprises cet ordre pour sauver son mari, d’abord de chevaliers bandits, ensuite d’un comte malhonnête qui la désirait pour lui ; Érec affronte également deux géants. À la suite d’une autre péripétie, durant laquelle Énide repousse les avances d’un autre comte pendant que le héros passe pour mort, le couple se réconcilie définitivement. Dans une ultime épreuve, « La Joie de la cour », Érec vainc un chevalier condamné à combattre tous les visiteurs d’un jardin merveilleux à cause d’une promesse faite à sa femme. Le conte se clôt avec le couronnement en grande pompe des deux époux par le Roi Arthur lui-même, à la suite de la mort du père d’Érec.

Codex Manesse : enluminure entre 1305 et 1315.

Manuscrits Érec et Énide


  • Le roman de la rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meung (XIIIe siècle) :

Amour suit l'Amant (MS Douce 195, folio 13r. XIVe siècle)

Le Roman de la Rose n'est pas à proprement parler un roman où se développe une intrigue. C'est une œuvre poétique en deux parties écrite en français médiéval composée au Moyen-Âge par deux auteurs distincts.
La première partie de l'œuvre a été composée par Guillaume de Loris entre 1230 et 1235. Elle comporte un peu plus de quatre mille vers. Le poète nous raconte un rêve fait cinq ans plus tôt, dans lequel le chevalier doit accéder à un trésor précieux : un bouton de rose au cœur d'un jardin clos. Le poème décrit les multiples épreuves que le chevalier doit affronter dans sa quête, les obstacles nouveaux qui s'élèvent devant lui au fur et à mesure de son avance vers le buisson de roses, objet de ses désirs. Les obstacles sont des allégories (Danger, par exemple, représente la contrainte du mari ou le jaloux). Cette quête est une allégorie qui représente l'amour courtois en vogue au sein de la noblesse française à cette période du Moyen-Âge.
La deuxième partie est bien différente. Plus longue, elle compte près de dix-huit mille vers. Elle est l'œuvre de Jean de Meung et a été composée, pense-t-on, entre 1270 et 1280. Il s'agit d'une discussion philosophique à propos de l'amour, qui comporte des digressions variées.

Traduction le roman de la rose

Illustrations Roman de la rose

  • Le Roman de Renart (XIIe - XIIIe siècles) :


Dès le XIIe siècle, la bourgeoisie a sa propre littérature, véritable satire sociale avant la lettre. Elle est par essence malicieuse, pittoresque, mais le plus souvent réaliste. Il nous en reste essentiellement des fabliaux (Estula, Le Lévrier et le Serpent, Les Trois Aveugles de Compiègne), le Roman de Renart, et, plus tard, des farces (La Farce de Maître Pathelin, XVe siècle).
Le Roman de Renart est une œuvre composée de courts récits indépendants en vers octosyllabiques. Écrit en français, langue romane d'où le nom roman, il comprend vingt-sept branches rédigées, au cours des temps, par des auteurs différents. Il met en scène des animaux dont les deux principaux sont le loup Ysengrin et surtout le goupil Renart, le héros si célèbre. Le récit contient 80 000 vers, à rimes plates pour favoriser la récitation de ces récits (ils étaient racontés, sous diverses formes, par les jongleurs à la population, très peu de gens sachant lire et écrire au Moyen Âge).

Le Roman de Renart BnF

  • Gargantua de François Rabelais (1534) :

La Naissance de Gargantua, gravure d'Albert Robida.

  • L'Heptaméron de Marguerite de Navarre (1559) :

Le Couple mal assorti, Lucas Cranach l'Ancien (1522).

L’Heptaméron est un recueil inachevé de 72 nouvelles écrites par Marguerite de Navarre. L'ouvrage tire son titre du fait que le récit se déroule sur sept journées, la huitième étant incomplète.

Dix voyageurs sont réunis dans une abbaye de Cauterets, alors qu’un violent orage a coupé toute communication. Avant de quitter l’abbaye, il faut attendre qu’un pont soit construit, c’est-à-dire dix ou douze jours (L’Heptaméron - Prologue). En cela, le recueil de Marguerite se rapproche des modèles de Boccace. Puisque la reine mourut avant d’achever son œuvre, le nombre de jours est réduit à sept, ce qui rappelle les sept jours de création dans la mythologie judéo-chrétienne. Les nouvelles traitent de cas mémorables, le terme étant applicable à tout accident digne d'être retenu, « que ce soit une galante aventure de François Ier (nouvelle 25) ou le tragique d'un double inceste (nouvelle 30) ». L’amour est le sujet principal.

  • Des extraits d'Astrée d'Honoré d'Urfé (1607-27)

Julie d'Angennes (fille de Mme de Rambouillet) en costume d'Astrée par Claude Deruet (1630).

Le roman est émaillé de pièces étrangères à la prose : des poèmes, avant tout, mais aussi des lettres pour anoblir le texte de roman. Voici la conversation de Lycidas et Astrée, juste après que Céladon s'est jeté de désespoir dans le Lignon. Lycidas tente de convaincre Astrée que Céladon lui était fidèle.

Or sus Astrée, mon frere est mort : s'en est fait, quoy que vous en croyez, ou mécroyez, ne luy peut r'apporter bien ny mal, de sorte que vous ne devez plus penser que je vous en parle en sa consideration : mais pour la seule verité, toutefois ayez-en telle croyance qu'il vous plaira, si vous jureray-je qu'il n'y a point deux jours que je le trouvay gravant des vers sur l'escorce de ces arbres, qui sont par delà la grande prairie, à main gauche du bié, & m'asseure que si vous y daignez tourner les yeux vous remarquerez que c'est luy qui les y a couppez : car vous recognoissez trop bien ses caracteres, si ce n'est qu'oublieuse de luy, & de ses services passez, vous ayez de mesme perdu la memoire de tout ce qui le touche : mais je m'asseure, que les Dieux ne le permettront pour sa satisfaction, & pour vostre punition : les vers sont tels.

MADRIGAL.

Je pourray bien dessus moy-mesme
Quoy que mon amour soit extresme,
Obtenir encor ce poinct,
De dire que je n'ayme point.
Mais feindre d'en aymer un' autre,
Et d'en adorer l'œil vainqueur,
Comme en effet je fay le vostre,
Je n'en sçaurois avoir le cœur.
Et s'il le faut, ou que je meure,
Faites moy mourir de bonne-heure.

Il peut y avoir sept ou huit jours, qu'ayant esté contraint de m'en aller, pour quelque temps sur les rives de Loire, pour response il m'escrivit une lettre que je veux que vous voyez, & si en la lisant vous ne cognoissez son innocence, je veux croire qu'avec vostre bonne volonté vous avez perdu pour luy toute espece de jugement ; Et lors la prenant en sa poche, la luy leut : Elle estoit telle.

RESPONCE DE CELADON A LYCIDAS.

Ne t'enquiers plus de ce que je fais, mais sçache que je continuë tousjours en ma peine ordinaire. Aymer, & ne l'oser faire paroistre, n'aymer point, & jurer le contraire, cher frere, c'est tout l'exercice ou plustost le supplice de ton Celadon. On dit que deux contraires ne peuvent en mesme temps estre en mesme lieu,toutesfois la vraye & la feinte amitié, sont d'ordinaire en mes actions ; mais ne t'en estonne point, car je suis contraint à l'un par la perfection, & à l'autre par le commandement de mon Astre. Que si ceste vie te semble estrange, ressouviens-toy, que les miracles sont les œuvres ordinaires des Dieux, & que veux-tu que ma Déesse cause en moy que des miracles ?

Il y avoit long-temps qu'Astrée n'avoit rien respondu, par-ce que les paroles de Lycidas la mettoient presque hors d'elle-mesme. Si est-ce que la jalousie qui retenoit encor quelque force en son ame, luy fist prendre ce papier, comme estant en doute, que Celadon l'eust escrit.

La poésie dans L'Astrée

  • Autres extraits de Clélie, Histoire romaine de Mlle de Scudéry (1654-60)

L'histoire de Clélie s'inspire de l'Histoire romaine des premiers temps de la République : il a pour personnage principal Clélie, héroïne légendaire qui aurait fuit vaillamment le camp du roi étrusque Porsenna qui assiégeait Rome en 507 avant J.-C. L'intrigue alterne les intrigues amoureuses, les intrigues politiques, l'aventure, les combats et de nombreuses conversations où les personnages débattent sur l'amour et l'amitié.

« Non, non, dit-elle, mes compagnes, ne vous mettez point en peine qui sera celle qui n’aura rien à se soutenir sur l’eau, mon courage m’y soutiendra, et les dieux m’assisteront. Ne perdons point de temps, ajouta cette courageuse fille, les moments sont précieux, ce vaillant soldat que vous voyez aidera aux plus faibles, et je suis enfin si persuadée que le ciel nous aidera, que je ne doute point du tout que nous n’arrivions toutes à Rome heureusement. Le dieu du Tibre sauva bien Horace lorsqu’il se jeta dedans tout armé, il nous sauvera peut-être aussi bien que lui. »
Après cela Clélie ayant invoqué le dieu du fleuve, sans attendre la réponse de ses compagnes se jeta courageusement dans l’eau, et se tournant vers elles, « Si vous aimez la gloire, vous me suivrez », leur dit-elle. Ensuite de quoi s’abandonnant au courant du fleuve qui allait vers Rome, elle s’éloigna du bord. Mais à peine fut-elle dans l’eau, que toutes ses compagnes firent la même chose ; il est vrai que le soldat qui les servait leur donna aux unes des planches, et aux autres des claies et des fascines, qu’il attacha si adroitement, qu’elles ne pouvaient se noyer, et puis se jetant dans l’eau après elles, il aidait tantôt à l’une et tantôt à l’autre ; leurs robes leur servirent aussi beaucoup en cette occasion à les soutenir sur l’eau ; mais ce qu’il y eut de remarquable, fut que Clélie qui de temps en temps tournait la tête pour voir si ses compagnes la suivaient, trouva au milieu du fleuve, un cheval qui s’était échappé comme on le menait boire, si bien que cette courageuse fille lui prenant la bride, fit si bien qu’elle monta dessus. Ainsi s’élevant au-dessus de l’eau, et le jour étant augmenté, les soldats qui les avaient escortées, furent bien surpris de la voir, et de voir à l’entour d’elle toutes ses compagnes.


  • Le Roman comique de Paul Scarron (1651-60) :

Arrivée des comédiens au Mans de Jean-Baptiste Coulom, (vers 1720)

Le Roman comique de Scarron

  • Nouvelles françaises de Jean Regnault de Segrais (1656) :

Jean Régnault de Segrais publie un recueil de nouvelles fait d’historiettes et de portraits de femmes de la cour, Les Nouvelles françaises, dont l’atmosphère galante évoque celle des fêtes données chez la duchesse de Montpensier (la "Grande Mademoiselle") au temps de la Fronde (milieu du XVIIe siècle).
Ami de Paul Scarron, Gilles Ménage, Pierre-Daniel Huet, Paul Pellisson et Nicolas Boileau, Segrais est élu membre de l’Académie française en 1662. En 1670, s’étant brouillé avec la duchesse pour avoir désapprouvé son mariage avec Lauzun, il entre chez Madame de La Fayette. Devenu son secrétaire, il participe avec La Rochefoucauld à la composition de ses premiers romans et publie sous son nom les premières éditions de La Princesse de Montpensier, Zaïde et La Princesse de Clèves.